Des Shadoks vont-ils s’occuper de nos déchets ?
mercredi 4 mars 2009 par : Porte-Voix
Un projet de collecte des déchets par pneumatique est à l’étude pour le centre ville de Brest. BMO justifie ce projet par trois enjeux :
la présence d’un certain nombre de bacs (20% en moyenne) qui stationnent en quasi-permanence sur les trottoirs !
le fait que le centre-ville est mal desservi en collecte sélective
et surtout… par l’arrivée du tramway qui gênera le cheminement des véhicules de collecte.
La collecte des déchets par pneumatique, déjà expérimentée à Séville et à Barcelone, est une pratique nouvelle en France. La ville de Grenoble a bien failli se lancer, mais elle a finalement renoncé à ce projet innovant et à être pionnière. Cette technologie a commencé sa carrière hexagonale à Narbonne, à la mi-2007.
Au centre ville ce système nécessitera la pose de 14 à 15km de canalisations et ces travaux devront être achevés pour la fin de l’année 2012. En effet, BMO veut utiliser l’opportunité des travaux liés au tramway.
Cette précipitation n’est pas de nature à favoriser un débat serein et soulève beaucoup de questions :
Le flou autour du coût de l’investissement particulièrement élevé de (25, 40, 55… millions d’euros ?). Ce projet, concernant une population équivalente à 26.000 personnes, coûterait entre 960 et 2115€ par habitant.
Seules deux entreprises construisent ce genre d’équipement, comme pour le tramway. Comment négocier lorsqu’il n’y a pas de véritable concurrence ?
La dépense de fonctionnement serait d’environ 600.000€ par an. Ce qui ferait un prix estimé de 435€ la tonne de déchets collectés. À comparer avec les 245€ par conteneur enterré et 100€ seulement par ramassage classique.
L’implantation de l’unité d’aspiration en plein centre ville, proche de la place de la Liberté, entraînera une circulation dense de camions au centre-ville. Se pose alors la question des nuisances sonores, olfactives pour les riverain-e-s.
Un bilan carbone de ce système qui fonctionnera 24h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an sera-t-il effectué ?
Ce projet ne prévoit pas de collecte des déchets organiques et fermentescibles (bio-déchets) alors qu’elle doit monter en puissance. En effet, seules deux bornes sont prévues (emballages secs et ordures restantes). Aucune collecte des bio-déchets n’est envisagée alors que :
des objectifs de valorisation matière ont été fixés lors des négociations finales sur les déchets dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Cela concerne donc le recyclage et le traitement biologique des matières organiques (compostage et méthanisation). La France devra atteindre un objectif de 35% en 2012 et 45% en 2015 de valorisation matière des déchets ménagers. Nous sommes aujourd’hui à 19%.
la directive votée par le Parlement européen, le 17 juin 2008, demande aux états membres de recycler au moins 50% de leurs déchets ménagers d’ici 2020.
La mise en place d’une redevance incitative individuelle (paiement au poids ou au volume des déchets produits), permettant la responsabilisation de chacun(e), est incompatible avec ce procédé.
Le mode de gestion : ce projet serait développé en PPP (partenariat public-privé), c’est-à-dire que le constructeur choisi se verrait aussi confier le fonctionnement et la gestion. Dans son rapport 2008, la Cour des comptes constate que « les PPP n’offrent d’avantages qu’à court terme et s’avèrent finalement onéreux à moyen et long termes ». Actuellement dans BMO, la collecte des déchets reste un des rares services publics à être géré en régie directe et à ne pas être délégué à une société privée ou à une société d’économie mixte.
Pour conclure, ce projet de collecte automatique installe clairement BMO dans la filière incinération/mâchefers. De simples considérations écologiques et économiques montrent qu’il faut sortir de cette filière.
Orientons-nous vers de véritables politiques de réduction des déchets associées à des méthodes de tri à la source, économes en matières premières, et vers des filières de recyclage, génératrices d’emplois locaux.

